Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /Sep /2007 00:30

 

Liste de faits divers (échantillon) :

Avant d'aller plus loin, nous devons dresser une liste des faits divers que l’on retrouve dans les différentes séquences. Il importe de les distinguer de tous les autres titres, de procéder à une première catégorisation. Pour ce faire, nous avons eu recours à la définition. Il reste que nous avons eu affaire à des cas litigieux. En ce qui les concerne, nous nous sommes demandés si la nouvelle a un contenu centré sur le privé (comme le veut la définition du fait divers) ou si elle relève davantage de la sphère publique, c’est-à-dire principalement du politique et du culturel (incluant à la fois le religieux et toutes les idéologies, mais aussi l’art et les événements festifs et sportifs).

Indicateurs :


Nous devons dès à présent créer des indicateurs, qui nous permettront de confirmer ou non notre hypothèse de recherche. Précisons que la méthode que nous avons choisie se veut résolument quantitative. Tout d’abord, la liste des titres des faits divers nous fournit des éléments importants, à savoir le nombre de titres qui concernent un fait divers. Ces informations sont à mettre en relation avec le nombre total de titres.

Le nombre total de faits divers nous est aussi fourni pour les deux chaines. Nous pouvons les comparer entre eux. Nous avons aussi choisi de mesurer la durée des extraits, des titres, concernant les faits divers, pour les mettre en relation avec la durée de l’ensemble des titres. Il faut préciser d’ores et déjà que nous nous sommes centrés sur le temps de parole, et avons donc déduit les génériques de nos calculs. Nous faisons donc la proportion entre la durée des titres des faits divers en une (ainsi que leur durée moyenne) par rapport à la durée totale de parole de la séquence. 


Application :

Appliquons maintenant nos indicateurs à notre échantillon :
graph-1-copie-1.gif
Ces observations ont donc tendance à confirmer notre hypothèse ; non seulement le nombre de titres de faits divers présentés sur RTL-TVI est plus de deux fois plus grand que celui de la RTBF, mais de surcroit la proportion qui prend en compte le nombre de titres totaux confirme cet écart.

 

Toutes ces données ne nous disent pas encore que la RTBF accorde moins d’importance que RTL-TVI à ce genre d’informations. En effet, il se pourrait que, bien qu’elle traite peu de ces cas, la RTBF leur consacre un temps bien plus grand que RTL-TVI. Là encore, nous allons voir que ce n’est pas le cas.

 


graph-2.gif Nous pouvons donc réaffirmer la solidité de notre hypothèse, puisque jusqu’à présent, tous nos indicateurs n’ont fait que la confirmer. Il reste néanmoins à examiner la moyenne de l’ordre dans les unes. Il se pourrait en effet que la RTBF, à chaque fois qu’elle traite d’un fait divers, titre ce dernier en première place, ce qui lui attribuerait une forte importance hiérarchique. Nous avons néanmoins vite constaté que cet indicateur était très peu pertinent.








Analyse de résultats : 


Nous pensons que nous pouvons dire que notre hypothèse est largement confirmée. Cela n'empêche pas la RTBF de présenter des faits divers en toute première place de sa une (apports de l'indicateur "non pertinent" dont nous venons de parler ci-dessus). Nous pouvons expliquer ce phénomène par ce biais : RTL-TVI consacre plus d’importance aux faits divers que la RTBF, mais lorsque la RTBF s’intéresse à un fait divers, elle lui accorde une grande importance. En bref, l’attachement porté par RTL aux faits divers en général est plus grand que sur la RTBF, mais n’empêche pas cette dernière de s’intéresser davantage que RTL-TVI à certains faits divers particuliers.


On pourrait dire aussi que cet indicateur n’est pas aussi valide que les autres car c’est nous qui avons présupposé que les chaines titraient en premier lieu l’événement qu’elles jugent le plus important. Il se peut qu’il n’y ait pas cette hiérarchie par l’ordre des titres et que tout cela soit aléatoire. Enfin, notons que la différence des proportions est sensible (5 à 6% au maximum ; lorsque l’on considère uniquement les titres en première place de la une), comparée aux différences mises en évidence par les autres indicateurs.

 

Il nous reste à nous demander pourquoi RTL-TVI titre plus de faits divers dans ses unes que la RTBF. Pour cela, nous mettons en avant une des caractéristiques du fait divers, extraite de sa définition : la proximité. Le fait divers est supposé rapprocher les gens de ce qui est dit, et utilise souvent le mode du récit et de l’empathie. RTL-TVI, parce qu’elle est une chaine privée,  et que la RTBF est plutôt une chaine publique, chercherait davantage à instaurer un lien avec ses téléspectateurs (principalement du milieu populaire), à créer des relations, à le toucher émotionnellement.

 
« C’est ainsi que l’on entend son patron [de RTL-TVI] depuis 2002, Philippe Delusinne, disserter de la ‘‘dimension citoyenne’’ d’une ‘‘télévision de proximité’’ » [1]. Le patron lui-même, de 2002 à 2006 (au moins) parle donc de cette importance accordée à une relation qui rapproche. Le slogan « RTL, c’est vous » (ou « nous, c’est vous ») en témoigne lui aussi. RTL est en effet souvent définie comme une chaîne de proximité avec ses téléspectateurs. C’est ainsi qu’il leur faudra faire du belge dans l’information, de la famille royale, du fait divers local, car l’identification du public à sa chaîne est un facteur de réussite durable. Cela pourrait d’ailleurs expliquer aussi le fait que son audimat est plus grand que celui de la chaîne concurrente.


Enfin, évoquons que la proximité est souvent engendrée par un vocabulaire émotionnel. Dans les termes utilisés, on peut distinguer les suivants : « colère et émotion », « douleur ravivée », « témoignage accablant », « heureux événement », « bonheur », etc. Il est plus facile de placer ce genre de mots dans un fait divers que dans un sujet politique.


En conclusion, rappelons simplement les fonctions que revendiquent les deux chaines : la RTBF déclare se focaliser essentiellement sur l’information, tandis que RTL-TVI ne cache pas sa fonction de rapprochement avec le téléspectateur. Cela ne veut pas dire que RTL ne fait pas d’information, même lorsqu’un fait divers est abordé (nous n’entrons pas dans les jugements de valeur, ce que n'hésite pas à faire Anne Delvaux), mais cela témoigne de deux logiques de traitement différentes, qui s’adressent à des publics différent


Bibliographie et sources :

 

·        BRIGODE, François de, propos recueillis par Frédéric Seront, « On fait un JT différent de RTL », François De Brigode fait le point sur l'info à la RTBF, qui reste toujours derrière RTL, dans la Dernière Heure, le 4 novembre 2005          [http://www.dhnet.be/culture/television/article/133347/on-fait-un-jt-different-de-rtl.html]

·  DELVAUX (Anne), La bataille du JT, [interview d’Anne Delvaux et de Laurent Haulotte], dans le TéléMoustique n°4216, le 14 novembre 2007

·        DUBIED, Annick, Définition narratologique d’un genre médiatique : le fait divers, Louvain-La-Neuve, UCL 1996   

·        DUBIED, Annick, Les dits et les scènes du fait divers ; Librairie Droz-Genève-Paris, 2004

·     HACHEZ Théo, RTL/TVI : une télévision de proximité qui déménage, dans La Revue Nouvelle, Janvier-Février 2006 / n°1-2   
[http://www.revuenouvelle.be/rvn_abstract.php3?id_article=72]

            LOVENS, Pierre François, La RTBF et RTL-TVI au coude à coude, dans La Libre                         Belgique, le 26 octobre 2003  
                [http://www.lalibre.be/article.phtml?id=5&subid=86&art_id=139453&folder_id=138]

 


Par Olivier Delagrandedis
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