Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 01:51

 

 

L’absence, une sorte de folie

 

P. Declerck, Les naufragés. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon, 2001

 

Cette œuvre développe très longuement le phénomène que j’ai appelé « absence » et concerne d’ailleurs principalement ce dernier. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de « naufragés », de perdus. Evoquons aussi le mot « désorienté », qui suggère la folie.

 

Dans la plupart des citations de l’ouvrage de P. Declerck, l’auteur insiste principalement sur une sorte de confusion spatio-temporelle, d’inadéquation, de vécu dans un « ailleurs », voire dans une sorte de néant. 

Le rêve et le recours aux psychotropes sont d’excellents exemples pour appuyer la thèse de l’auteur. Notons que l'alcoolisme peut casser le lien, tout comme il peut être le résultat de sa destruction. En fait, on est ici en plein dans un cercle vicieux.
 

Les patients sont désorientés, s’enferment dans leurs rêves, dans leur « brouillard interne ». Le livre témoigne de l’enfermement et du côté pathologique du comportement. A être en-dehors de la relation, on ne peut plus avancer, plus projeter. On est réduit à un point dans l’espace et dans le temps. L’enfermement dans le passé, à cause du ressassement compulsif d’un traumatisme, est un cas particulier de cette anomalie.

 

Ajoutons le sentiment d’inadéquation de l’individu désocialisé.


J.M.G. Le Clezio, La fièvre, Paris, Gallimard, 1965


Dans le cas du livre Le Clezio, nous sommes sans cesse confrontés à des cas d’absence, de folie, de fièvre. Ainsi, nous pouvons reprendre d’une manière non exhaustive différents passages. Il décrit notamment dans L’homme qui marche (pp.108-131) combien une vie peut-être vide, et comment on peut être absent à soi-même au lieu de s’accomplir. On peut marcher, avancer, sans s’accomplir. Dans Martin (pp.132-173), il nous raconte l’histoire d’un enfant fort mystique, qui vit dans une sorte de retrait du monde, dans un état de transe, et corollairement, dans un sentiment d’inadéquation.

 

La fragilité des valeurs humaines

 

Robert Antelme, L’espèce humaine, Paris, Gallimard, 1978

 

L’auteur insiste surtout sur le peu de solidarité dans les camps de concentration. Les hommes qui ont faim procèdent selon l’adage du « chacun pour soi » : ils attaquent, volent, et rarement partagent, même avec leurs amis. Il semble qu’un rien peut ébranler les valeurs humaines, la simple « laideur » peut apparaître comme un motif pour mépriser, humilier, écraser. On voit aussi avec le cas de Fritz qu’il n’y a pas besoin de haine ou de colère pour frapper. Certains le font par obéissance. D’autres, pour s’amuser et se défouler. Souvent, sans vraiment se poser de question sur ce qu’ils sont en train de faire.

 

Par Olivier Delagrandedis
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