Partager l'article ! Points de vue sur l'homme: Ouvrages lus : - Robert Antelme, L’espèce humaine, Paris, Gallimar ...
Ouvrages lus :
- Robert Antelme, L’espèce humaine, Paris, Gallimard, 1978 (essai philosophique et
biographique sur la vie dans les camps de concentration)
- J.M.G. Le Clezio, La fièvre, Paris, Gallimard, 1965 (recueil de nouvelles)
- P. Declerck, Les naufragés. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon, 2001 (ouvrage anthropologique et psychanalytique concernant les clochards)
Thèmes abordés :
- L’absence, une sorte de folie
- L’humiliation, la cruauté (ou l’homme comme être inhumain)
- La fragilité des valeurs humaines
- Le rapport entre corps et volonté
- La « liberté » du « non » à la vie
Introduction
Commençons par présenter brièvement les thèmes choisis. Tout d’abord, nous aborderons l’absence. Nous utilisons ce terme par opposition à la présence. L’homme a la capacité de s’extraire du lieu et du temps dans lequel il est. Cette fuite du réel comporte un risque. Nous verrons que l’enfermement dans un « ailleurs » est caractéristique d’une pathologie que les auteurs n’hésitent pas à caractériser de folie.
Nous verrons ensuite en quoi ce comportement peut être causé par l’humiliation et le mépris ; par la
cruauté dont l’homme est capable. Si l’homme est celui qui est capable de distinguer l’humain de l’inhumain, il est aussi le seul dont le comportement peut être qualifié en ces
termes.
Ces considérations nous mèneront à caractériser la « fragilité des valeurs humaines ».
Malheureusement, ce genre de comportements méprisants et violents ne sont pas causés que par la haine, l’obéissance par peur ou la colère. Bien souvent, les valeurs sont éclipsées par d’autres
causes telles que la faim, la fièvre, l’estime de soi, ou encore par une simple absence de réflexivité.
Nous ferons ensuite un rapport entre l’humiliation et les mécanismes de résistance volontaire qui peuvent
se créer par rapport à cette dernière. Nous montrerons que le corps est à la fois une limite, qui reçoit les coups et souffre, une entrave à la volonté ; mais aussi comment il peut la
transcender, la dépasser, et vice versa. Nous expliquerons en quoi le corps et la volonté sont en fait intimement liées et en quoi ils empiètent sans cesse l’une sur l’autre.
Enfin, nous clôturerons en nous demandant si cette volonté peut aller jusqu’à choisir la mort. A plusieurs
moments dans les œuvres lues, les auteurs semblent parler d’un choix, d’une liberté de décider de mourir. Néanmoins, très vite, ils nuancent leurs points de vue. En réalité, la mort est niée, la
vie sans cesse affirmée. C’est lors d’un repli, d’un abandon, que l’on envisage de fuir la vie, qui peut-être nous a déjà été retirée…
Notons qu’un choix difficile par rapport aux citations qui figurent dans ce travail a du être opéré, c’est
pourquoi les extraits qui auraient pu être choisis pour expliciter les différents points de vue des auteurs ont été placés en annexe et y sont commentés.
1. L’absence, une sorte de folie
Dans l’ouvrage de fiction de J.M.G. Le Clezio, nous trouvons des considérations similaires à propos du côté pathologique de l’absence. Dans le chapitre appelé Le jour où
Beaumont fit connaissance avec sa douleur, en page 75, il mentionne la prise d’alcool et de médicaments.
En page 78, on décèle un sentiment d’incompréhension « vous comprenez » est répété sans cesse, compulsivement, par le personnage Beaumont. Le chapitre évoque
la solitude et la douleur ; on peut noter qu’il y a, ici encore, une corrélation entre la force du lien social et l’absence :
Dès maintenant, on peut dire que l’absence, ou la folie, peut être due à une pathologie du lien, mais que l’on peut prendre le problème à l’envers aussi : la démence, passagère ou non,
détruit le lien. Il est parfois difficile de savoir quel phénomène a précédé l’autre : est-ce le manque de lien qui a rendu fou ou la folie qui a cassé le lien ?
2.
L’humiliation, la cruauté (ou l’homme comme être inhumain)
L’humiliation peut être une des causes de l’absence. En effet, pourquoi vouloir tisser des liens avec une humanité cruelle (remarquons l’ironie de cette juxtaposition de termes qui peuvent
paraître antinomiques) ?
L’humiliation est caractérisée par le mépris, l’écrasement, et donc par un certain mouvement de dissociation. Le mépris instaure une relation hiérarchique entre un individu ou un groupe et
d’autres qui n’y appartiennent pas. On comprend donc aisément en quoi cette attitude peut créer le sentiment d’inadéquation.
L’humiliation permet le mépris, et, dans l’œuvre de Robert Antelme, autorise et justifie les coups. Notons que dans ce même bouquin est souligné combien l’humiliation est une forme de violence
extrême. En effet, on pourrait croire que les détenus, haineux envers leurs tortionnaires, voudraient surtout les frapper ou les tuer en retour. En réalité, ils estiment que la souffrance
infligée par l’humiliation est bien pire, et imaginent parfois la faire subir à leurs ennemis.
Dans le roman de Le Clezio, à la fin du chapitre Martin (dès la page 167), nous avons affaire à l’humiliation de ce dernier par des enfants de son âge. Il n’y a pas de raison
apparente à ce comportement. On remarquera la similitude avec celui qu’avait d’ailleurs Martin peu avant, se réjouissant du pouvoir qu’il exerçait sur un insecte.
Il semblerait que l’on puisse humilier, être cruel, par jeu. Il semblerait que l’homme, celui qui définit ce qui est humain, puisse ne pas l’être parce qu’il est peut-être fasciné par le pouvoir
que l’humiliation lui procure. Peut-être n’est-il aussi inhumain que pour s’amuser…
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