Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 12:19
Jeune, vers 18 ans, j'étais surtout Kantien, grâce à un professeur de français qui a su nous donner le goût de la philosophie. Il a aussi pu nous initier à ce que j'appellerai la métaphysique freudienne (selon le point de vue de Karl Popper, la théorie de Freud relève de la métaphysique, car elle est infalsifiable) et à la littérature quasi contemporaine, principalement à Proust.

A l'époque, plusieurs choses me dérangeaient, notamment chez Descartes. En lisant Le Discours de la Méthode, j'ai pu néanmoins nuancer mon point de vue. Il en reste que depuis toujours, j'ai tendance à mettre en cause les grands postulats philosophiques (surtout, lorsque comme chez Descartes, ces postulats impliquent une circularité dans sa théorie ; les idées claires et distinctes lui permettent d'affirmer Dieu, et affirmer Dieu lui permet de confirmer la validité de ces dernières)

J'ai été fort contenté lorsque j'ai appris que la plupart des philosophes contemporains commençaient à douter de la raison. Lorsque la raison est vue finie, la philosophie devient beaucoup plus humble, mais son objet est aussi beaucoup plus difficile à atteindre.

Lorsque chez Platon, il "suffit" de contempler les Idées pour faire le Bien suprême, comment maintenant y parvenir?

Dans les différents domaines, plusieurs philosophes ont alors retenu mon attention :


- Dans l'épistémologie générale, James Dewey et Ch. S. Peirce (et surtout sa lecture par Apel) m'ont aiguillé vers l'idée que notre raison théorique (pour reprendre les termes de Kant) est seconde par rapport à notre raison pratique. En bref, la connaissance est à mettre au service de la recherche du bien. Cela peut paraitre idiot, dit comme ça, mais trop souvent, en philosophie, on recherche le vrai pour le vrai, on spécule, on cogite... Cela devient une fin en soi, alors que l'on recherche surtout des moyens envers une fin qui est celle du progrès ; on cherche à faire progresser la raison pour maximiser la connaissance, le bien, la paix, le bonheur,...
Je noterai que la logique de Karl Popper (inspirée par Hume) m'a passionnée.
De surcroit, ces philosophes pragmatistes ont un point commun, c'est d'être des faillibilistes. Pour eux, nos théories peuvent toutes être remises en cause (même les mathématiques et la physique, même la logique). Néanmoins, il ne faut pas tout remettre en cause en même temps, et certaines, qui ont prouvé leur efficacité pratique n'ont pas lieu d'être remises en cause. Il faut pouvoir s'engager rationnellement.

Cette épistémologie générale implique les fondements d'une éthique


- Cette éthique est à plusieurs niveaux, mais tous se retrouvent dans le politique. A mes yeux, il faut appliquer l'éthique Kantienne à la politique ; en faire un lieu de devoir universel. De même, je me suis intéressé aux travaux d'Hannah Arendt et Paul Ricoeur pour me tenter de créer une nouvelle éthique de la responsabilité, en fonction de sa thèse sur la "banalité du mal" (thèse qui veut que le mal puisse etre fait par n'importe qui, sans meme y réfléchir). J'articule cela avec des théories de psychologie sociale sur le conformisme et la violence des foules, et tente de réfléchir sur une Justice étatique.

A cela, il faut ajouter des points de vue environnementaux fortement inspirés de la philosophie de Hans Jonas. De même que la connaissance n'est pas une fin en soi, l'environnement non plus... Mais la survie, oui...

Enfin, il est aussi bon de s'intéresser aux prisons et à la surveillance (Michel Foucault (surveiller et punir), Philippe Combessie (sociologie de la prison), ...) et à l'éthique des médias (Boris Libois, Jurgen Habermas, Michel henry, Ricoeur...)



- Enfin, pour compléter ces considérations, il est bon de s'interroger sur la finitude de l'homme en général, sur son incarnation (Merleau Ponty), et sur le fait que de nouveaux types de violence voient le jour dans nos sociétés : ainsi, aidées par la neuropsychologie, la phénoménologie et la sociologie peuvent se pencher sur les douleurs que génèrent le rejet, l'humiliation, le rabaissement, la menace, ... c'est à dire tous ces phénomènes de barbarie psycho-sociologique qui causent parfois bien plus de mal que des coups et blessures...
Par Olivier Delagrandedis
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